AMD pourrait confier une partie de ses puces à Intel Foundry : un rapprochement inattendu face aux limites de TSMC
15 août 2026
Selon une analyse relayée par la banque d’investissement UBS, AMD pourrait prochainement devenir client d’Intel Foundry pour la fabrication ou l’assemblage de certains de ses futurs produits. Une telle évolution aurait été difficile à imaginer il y a encore quelques années, tant la rivalité entre les deux entreprises est ancrée dans l’industrie des semi-conducteurs. Pourtant, la pression exercée par la demande croissante en puces pour l’intelligence artificielle et les contraintes de capacité chez TSMC poussent désormais les grands acteurs du secteur à envisager de nouvelles solutions.
D’après UBS, AMD ferait partie des entreprises susceptibles de recourir aux services d’Intel Foundry aux côtés de Google, Apple ou encore SpaceX. L’objectif ne serait pas de remplacer TSMC, mais de compléter les capacités disponibles pour répondre à la montée en puissance des besoins liés aux processeurs de serveurs EPYC et aux accélérateurs IA Instinct.
Chez AMD, la technologie EMIB-T d’Intel attire l’attention
Le principal atout d’Intel dans ce dossier serait sa technologie d’interconnexion avancée EMIB-T. Cette solution permet de relier plusieurs chiplets au sein d’un même package grâce à de petits ponts en silicium intégrés directement dans l’encapsulation. Contrairement à certaines approches concurrentes, elle évite l’utilisation d’un interposeur géant tout en offrant une grande flexibilité pour les architectures complexes.
EMIB-T ajoute également des connexions verticales de type TSV (Through-Silicon Via), permettant de faire circuler l’alimentation électrique et les données entre plusieurs couches de silicium. Cette approche est particulièrement adaptée aux puces modernes qui combinent processeurs, accélérateurs, mémoire HBM et nombreux chiplets dans un même ensemble.
Selon les estimations évoquées par UBS, Intel pourrait proposer cette technologie à un coût jusqu’à 50 % inférieur à celui des solutions CoWoS actuellement utilisées chez TSMC. Si ce différentiel se confirme, il représenterait un argument particulièrement attractif pour les entreprises cherchant à déployer massivement des infrastructures IA.
Une question de capacité plus que de concurrence
Pour AMD, un éventuel partenariat avec Intel Foundry ne traduirait pas une faiblesse technologique. Au contraire, il s’agirait principalement d’une réponse à l’augmentation spectaculaire de la taille et de la complexité de ses produits.
Les processeurs EPYC de dernière génération reposent déjà sur de multiples chiplets associés à de larges dies d’entrées/sorties. De leur côté, les accélérateurs Instinct destinés à l’intelligence artificielle nécessitent des quantités toujours plus importantes de mémoire HBM et des techniques d’assemblage avancées pour relier efficacement l’ensemble des composants.
AMD poursuit parallèlement son expansion sur le marché des serveurs, où les processeurs EPYC continuent de gagner du terrain. L’entreprise revendique désormais près de 46 % des revenus du marché des CPU x86 pour serveurs. Une croissance qui implique des besoins industriels toujours plus importants et qui pourrait justifier la recherche de partenaires supplémentaires.
NVIDIA conserve une avance considérable dans l’IA
Malgré les progrès d’AMD, le marché des infrastructures IA reste largement dominé par NVIDIA. Les projections de Goldman Sachs évoquent un écart considérable entre les deux entreprises en matière de systèmes complets destinés aux centres de données.
Les estimations parlent d’environ 50 000 racks IA livrés par NVIDIA en 2026 contre seulement 5 000 pour AMD. L’écart resterait massif en 2027 avec 92 000 racks contre 13 000, puis en 2028 avec 148 000 unités pour NVIDIA face à environ 15 000 pour son concurrent.
Cette domination s’explique notamment par l’approche globale de NVIDIA. L’entreprise ne commercialise plus uniquement des GPU, mais des plateformes complètes intégrant accélérateurs, processeurs, interconnexions NVLink, réseaux, logiciels CUDA et infrastructures clés en main. AMD tente de construire un écosystème comparable autour de ses accélérateurs Instinct et de sa plateforme Helios, mais le chemin à faire reste encore long.
Intel Foundry cherche à s’imposer comme alternative à TSMC
Pour Intel, attirer AMD dans son portefeuille de clients constituerait une victoire symbolique majeure. Le fondeur américain multiplie les investissements pour développer son activité de sous-traitance et réduire la dépendance de l’industrie à TSMC.
Intel prévoit notamment une montée en puissance de ses technologies d’assemblage avancé à partir de 2027, tandis que son futur procédé de gravure 14A doit entrer en production de masse en 2028. Si les performances et les rendements promis sont au rendez-vous, Intel Foundry pourrait progressivement devenir un acteur incontournable pour les géants de la technologie confrontés à une demande toujours plus forte en capacités de production.
Dans ce contexte, voir AMD s’appuyer sur certaines technologies d’Intel n’apparaît plus comme une hypothèse irréaliste. Face à l’explosion des besoins liés à l’intelligence artificielle, les considérations industrielles et les capacités de production pourraient désormais peser davantage que les rivalités historiques.





